Mémoire ouvrière

Le quartier canut

Avant d'être un quartier qu'on visite, la Croix-Rousse fut une colline qu'on travaillait. Toute la ville l'appelait « la colline qui travaille », par opposition à Fourvière, « la colline qui prie ». Ici vivaient et tissaient les canuts.

Le métier Jacquard et la soie lyonnaise

Dès le début du XIXe siècle, les ouvriers tisseurs de soie s'installent sur les pentes et le plateau de la Croix-Rousse, dans des immeubles aux plafonds hauts, conçus spécialement pour accueillir les métiers à tisser Jacquard. Chaque famille travaillait chez elle, l'atelier occupant souvent la pièce principale du logement.

Métier à tisser à bras utilisé par les canuts lyonnais
Métier à tisser à bras, le même type d'outil que travaillaient les canuts de la Croix-Rousse.

1831 : la révolte des Canuts

Payés à la pièce et à la merci des négociants en soie, les canuts se soulèvent en 1831 pour réclamer un tarif minimum. La révolte, matée dans le sang, reste l'un des grands épisodes fondateurs de la mémoire ouvrière lyonnaise — et de l'identité du plateau, qui n'a jamais oublié ce moment de dignité collective.

Les traboules, passages de la soie

Pour protéger les pièces de soie de la pluie et de l'humidité en les transportant des ateliers vers les négociants de la Croix-Rousse et des pentes, les canuts empruntaient des passages traversant cours et immeubles : les traboules. La Cour des Voraces, avec son escalier monumental, en reste l'exemple le plus spectaculaire — elle tire son nom d'un groupe de canuts qui participa aux révoltes du XIXe siècle.

Escalier monumental de la Cour des Voraces, Croix-Rousse
L'escalier monumental de la Cour des Voraces, sur les pentes de la Croix-Rousse.

Une mémoire toujours vivante

Aujourd'hui, un atelier municipal de tissage permet encore d'actionner un métier Jacquard d'époque. Notre association y voit la preuve que le savoir-faire canut n'est pas qu'un sujet de musée : c'est une mémoire qu'on peut encore faire tourner, littéralement, à la main.